" Tu vois, pour nos copains tout a commencé comme un jeu d'enfants, un jeu d'enfants qui n'auront jamais eu le temps de devenir adultes. "
« L'heure du réveil n'a pas encore sonné mais tous les prisonniers sont déjà debout. Ils savent, quand l'un des leurs va être exécuté. Un murmure s'élève ; les voix des Espagnols se fondent à celles des Français que bientôt les Italiens rejoignent, c'est au tour des Hongrois, des Polonais, des Tchèques et des Roumains. Le murmure est devenu un chant qui s'élève haut et fort. Tous les accents se mêlent et clament les mêmes paroles. C'est la Marseillaise qui résonne dans les murs des cachots de la prison Saint-Michel.
Arnal entre dans la cellule ; Marcel s'éveille, il regarde le ciel rose à la lucarne, et comprend aussitôt. Arnal le prend dans ses bras. Par-dessus son épaule, Marcel regarde à nouveau le ciel et sourit. À l'oreille du vieil avocat, il murmure « J'aimais tant la vie » .
Le coiffeur entre à son tour, il faut dégager la nuque du condamné. Les ciseaux cliquettent et les mèches glissent vers le sol en terre battue. Le cortège avance, dans le couloir le Chant des partisans a remplacé la Marseillaise. Marcel s'arrête au haut des marches de l'escalier, il se retourne, lève lentement le poing et crie : « Adieu camarades. » La prison toute entière se tait un court instant. « Adieu camarade et vive la France » , répondent les prisonniers à l'unisson. Et la Marseillaise envahit à nouveau l'espace, mais la silhouette de Marcel a déjà disparu. »
Jeannot,
Tu leur diras de raconter notre histoire, dans leur monde libre. Que nous nous sommes battus pour eux. Tu leur apprendras que rien ne compte plus sur cette terre que cette putain de liberté capable de se soumettre au plus offrant. Tu leur diras aussi que cette grande salope aime l'amour des hommes, et que toujours elle échappera à ceux qui veulent l'emprisonner, qu'elle ira toujours donner la victoire à celui qui la respecte sans jamais espérer la garder dans son lit. Dis-leur Jeannot, dis-leur de raconter tout cela de ma part, avec leurs mots à eux, ceux de leur époque. Les miens ne sont faits que des accents de mon pays, du sang que j'ai dans la bouche et sur les mains.
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